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Mot de passe perdu?

Le Grand Escalier

Le Grand Escalier >> Monde Magique >> Poudlard et ses environs

Au matin du six Novembre (Est-ce que tu aimes les matins, déjà ?)
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Serdaigle
2e année
Titre : Au matin du six Novembre (Est-ce que tu aimes les matins, déjà ?)
Créé : 17/05/2026 à 01:36:25

— Joyeux anniversaire, enfant d'Ambre.
Lemony ne dort pas assez profondément, ou bien peut-être est-ce le Don de Jade qui vibre si fort qu'il l'éveille. Ses cils auburn papillonnent tandis que des lèvres effleurent son front, qu'une main caresse sa joue avec une tendresse maternelle.
Le tout jeune adolescent a l'impression que de l'ambre liquide coule dans son coeur. Guérisseur, apaisant, vibrant d'amour. Il a rarement entendu la voix de sa mère aussi puissante.
Il n'existe rien d'autre que la chaleur de l'amour qui l'enveloppe, un cocon réconfortant et inconditionnel. Il est l'être le plus merveilleux qui existe et il est impossible de ne pas l'aimer.
Dans un demi-sommeil, le garçon sourit.
— Je t'aime aussi, Maman, murmure-t-il.
C'est ce qui se passe avec la puissance dans la voix de Jade : les mots prennent leur véritable sens.
Mon amour... Je serai là dès la fin des cours. Je te souhaite une bonne journée.
Dans la pénombre de la chambre, Lemony remarque que sa mère a du mal à le quitter. Il remarque également qu'elle a grandement diminué l'émotion et le Don de Parole.
Il tend la main pour serrer la douce paume de porcelaine de sa mère. Il ne l'aime pas moins qu'une seconde auparavant, et le sentiment de sécurité est toujours aussi présent.
Ses paupières lourdes de fatigue se referment ; il n'entend pas sa mère s'éloigner doucement, difficilement, pour ouvrir la bibliothèque aux élèves les plus matinaux.

Nous sommes le matin du six Novembre, et Lemony Parlambre entre dans l'adolescence. Aujourd'hui, il a treize ans.

***
Lorsqu'il s'éveille de nouveau, il est dix heures. Ce n'est absolument pas un rythme scolaire, mais s'il commence à se plonger dans certains manuels de deuxième année, Lemony est toujours en convalescence.
Deux nuits auparavant, la nuit miraculeuse des Orionides s'est déroulée et Jade l'a plongé dans le loch noir. Après ses aventures dans la maison des 999 Fantômes et sa tournée d'Halloween, même gras d'onguent et aux magnifiques oreilles d'une banshee de la race lapine, la blessure tirait et le pus ne disparaissait pas.
Jade l'a retiré de Sainte-Mangouste dès qu'il a cessé de perdre conscience, et Lemony soupçonne sa mère que les verres d'eau qu'elle lui fournissait entre deux éveils n'aient pas été tiré du robinet, mais de sa réserve personnelle.
Elle n'aurait jamais utilisé l'eau sacrée du Miroir aux Fées. Nul ne dérobe l'eau du Miroir aux Fées.
Néanmoins, la Fontaine de Barenton et la source du ruisseau de Brocéliande sont un présent qu'il est possible d'acquérir. Aucun des jeunes Parlambre n'est dupe : Onyx et Jade ont plusieurs fois passé l'épreuve de la forêt sacrée. Ils ont rencontré le petit peuple, et ont de toute évidence réussi.
Jade a étudié la forêt plus en profondeur, tant du point de vue Moldu, en s'installant à Paimpont et en passant des journées dans les boutiques de souvenirs ou à écouter les guides locaux, qu'auprès des sites plus... protégés.
Brocéliande n'appartient pas aux sorciers. Et elle le fait savoir.
Alors, que sa mère ait utilisé l'eau sacrée si rare pour le guérir...

Rien ne fonctionnait.
Lemony n'a certes pas facilité la tâche des Médicomages en s'accrochant au lien avec Jeebelan, continuant à communiquer avec le Dragon en forçant l'ouverture du lien...
Mais ils ne parvenaient pas à endiguer le sort du mage venin. Pour le sortir de Sainte Mangouste, Jade n'a guère eu le choix que de lui donner un peu d'eau entre ses traitements, améliorant discrètement sa santé jour après jour.

Parce que, et Lemony en est certain à présent, son patrimoine génétique n'est pas celui d'un sorcier. Il aurait fallu un expert en peuples magiques non humains, et pas des Magizoologues. Gnomes, Chapeauxrouges, Fées, Dragons, Sombrals... ce ne sont certainement pas leur sang qui coulent dans les veines des Parlambre.
Non, c'est un mélange de Vampires, Vélanes, Lycanthropes, Être de l'Eau, notamment le Clan vivant sur les côtes Bretonnes françaises, et autres créatures peuplant les Légendes Celtes.
Déesses, les Parlambre auraient des liens avec l'Ankou que Lemony n'en serait pas étonné.
Il y a les Reliques de la Mort, il y a la Mort... Il y a Merlin. Et il y a Morgane, la Dame du Lac, le plan d'Avalon, et l'Ankou, qui est un messager et non pas la Mort.
Cela n'a rien d'angoissant, au contraire. Les yeux en amande de Lemony et sa peau qui se dore aisément aux premiers rayons du soleil prouvent aussitôt son ascendance Celte. Ses oreilles un peu pointues pour un humain viennent parfaire le tableau, et sa fierté.
Simplement, expliquer aux Médicomages que les soins qu'ils prodiguaient n'auraient pas d'effets parce que leur patient n'est pas entièrement humain... eh bien, c'est hors de question.

Malgré tout, il a entendu Jade prier tandis que l'eau l'enveloppait, lors des Orionides. Il a reconnu le goût de l'eau sans même y avoir jamais goûté. Alors que Jeebelan l'abandonnait aux cieux Celtes avec regrets, la plaie ouverte créée par le Mage Noir s'amusant à empoisonner ses armes et sa magie a enfin, enfin été nettoyé.
Elle a enfin cessé d'être boursoufflée, et a commencé à coaguler.

La fièvre de Lemony est tombée hier.
Et même s'il garde des gestes précautionneux après un mois de douleurs dans tout le corps, il sait que la maladie est terminée. La convalescence commence, et avec...
De petites marches, de petites promenades en compagnie d'Ostara (qui miaule pour filer dans le parc, à présent que son éleveur est réveillé), pour se remuscler.
Du sommeil, des distractions...
Et un programme nutrionnel solide.

Lemony marche pieds nus sur la moquette, puis sur le parquet, assez émerveillé de la texture. Des viennoiseries françaises l'attendent sur la table à manger, maintenues au chaud par un sort.
Un bol de chocolat, avec l'exact bon dosage, tout aussi chaud, une petite assiette provenant absolument du service privé de Jade, tout comme les couverts aux reflets bleutés sur la lame tandis que les manches sont faits d'ambre.
Certe, il ne s'agit pas d'un ambre pur et clair ; obscurité, défauts... pour autant, ce service vaut très certainement à lui seul le salaire trimestriel que touchera sa mère à son poste de bibliothèque.

Mais Lemony ne s'inquiète guère.
Il s'assied et déguste son petit déjeuner, remarquant que Jade a fait ajouter des scones et de la confiture pour ce matin d'anniversaire. Ainsi que des petits pains qu'elle est parfaitement capable d'avoir confectionnée seule. Dorés, beurés. Il mord dedans avec délice.
L'année précédente, Lemony ne pouvait plus rien avaler qui ne soit liquide, ou bien des fruits. Petit à petit, ce qui était une stratégie pour éviter la Grande Salle infernale dans son bruit est devenu un trouble alimentaire. L'enfant a cessé de prendre plaisir à manger pour redouter chaque repas.
Le simple plaisir pris à croquer dans un pain beurré et à en apprécier chaque nuance de texture est un cadeau d'anniversaire en soit.

Le jeune adolescent ferme les yeux, savoure le soleil de Novembre qui passe par la fenêtre. La pièce est chauffée. Il est bien.

***
— Treize ans...
Son entrée dans l'adolescence est censée lui apporter bientôt son propre Don de Parole. Il n'a plus de doute quant à l'identité de sa mère.
Même si l'amour de Jade aurait peut-être été aussi puissant si elle l'avait adopté, sans doute même...
Il y a quelque chose dans son Don qui est trop familier.
Quelque chose qui le renvoie dans un endroit de parfaite sécurité. Un mystère du cerveau, qui garde les souvenirs d'avant la naissance quelque part, enfouis.
C'est parce qu'il est habitué au Don de sa mère depuis que ses tympans sont fonctionnels que Lemony est aussi sensible à la moindre vibration, notamment à leur absence qui l'angoisse tant. Il l'a vécu avec elle pendant... huit mois. Il est né prématuré. Techniquement.

Entre autre, c'est la façon dont Onyx et Jade se ferment lorsque sa naissance est évoquée qui a lancé le garçon sur la piste de son héritage. Né prématuré. Ou bien non prévu ?
Peu importe qu'il soit né à terme ou non, pour coller avec les moments où Elijah et Jade étaient ensemble. Il sait que l'homme n'est pas son géniteur.

...
Ces temps-ci, il n'a pas même la place de père. Jade n'a pas laissé Elijah approcher de Lemony durant l'été, et leur couple...
Disons que depuis ce désastreux déjeuner à Pré-Au-Lard dont Lemony et Thylas sont ressortis lessivés et terrorisés pour leur lien, le couple qui semblait éternel et fusionnel n'est plus. Jade a cessé de privilégier son époux et se concentre sur ses enfants.
Et puis, il y a eu les violences physiques.
Lorsque Elijah a porté la main sur Lemony, quelque chose s'est brisé entre les deux époux. Et Jade ne le réparera pas. Elle s'est exilée à Poudlard, auprès de ses enfants, ramenant au passage Lemony.

L'accord est simple.
Il reste en convalescence. Puis Jade sera sa tutrice, mais tentera d'obtenir qu'il reçoive des cours dans les matières qu'elle ne peut lui enseigner.
Cela se fera sous la bannière de Serdaigle, mais Lemony n'a pas à retourner dans la Tour. En revanche, il devra se présenter en uniforme.
Autant dire que l'Héritier Parlambre n'est pas prêt de poser un pied dans la moindre salle de classe. Lorsque Jade a voulu renouveller ses robes, il a déclenché une attaque de panique. Systématiquement.
— J'ai failli sombrer dans la folie. Non. Les Serdaigles ne veulent pas de moi ; je ne suis pas à ma place dans la Tour. J'accepte l'honneur d'appartenir à cette maison, mais je me tiendrai loin de mes camarades.

Etant donné que, jusqu'à présent, les mesures auraient été incorrectes car Lemony porte toujours onguent, baume, bandes, plus tissu afin de maintenir la zone au chaud et les bandes stables, Jade n'a guère insisté.
Lemony a la gorge noué chaque fois qu'il y pense.
Si seulement il avait des nouvelles de Luyana.
Si seulement Gwendolyn Jenkins avait choisi le dortoir mixte.
Si seulement Lily n'était pas si discrète et difficile à trouver.
Si seulement il pouvait s'assurer que Luan va bien, que l'Île de la Perdition ne l'a pas condamnée à rester coincée dans ce qui ressemble tout de même à une secte pour le reste de sa vie...

Et comme chaque fois qu'il songe à ses amies...
C'est Thylas qui lui apparaît.
Son petit déjeuner est avalé depuis longtemps ; Lemony s'est douché.
Il regarde son reflet dans la glace.
Les hématomes sur son torse ont disparu, mais ses côtes sont bien visibles. Ses épaules saillent. Les muscles gagnés en entraînement intensif sur Dragon ont fondu durant son coma, et malgré les nutriments, il est aussi maigre que l'année précédent.
Ceci étant, il n'est pas décharné, Jade ne l'aurait pas permis. Ses joues sont loin d'être aussi pleines qu'auparavant, ses pommettes saillent, mais les cernes ont disparu depuis les Orionides, ce qui évite que l'adolescent n'ait un air de cadavre.
Il porte une courte cape sur ses épaules pour se maintenir au chaud, ainsi que du velours, des bottes de cuir, des ceintures de cuir. Rien de tel pour garder un jeune vulnérable au chaud.

Le plus dur, dans ce miroir, ce sont ses cheveux.
En voyant son fils arriver l'été, Elijah est devenu comme fou. IL l'a attrapé et l'a tondu à blanc, avec des outils de barbiers. Lemony avait encore les croûtes lorsqu'il s'est réveillé sur l'Île. Fort heureusement, elles ne se sont pas infectées.
Avant qu'il ne reparte pour Basgiath, afin de faire de lui un véritable homme, Lemony a vu ses cheveux roux du soleil d'été tondus une deuxième fois.
Et ça lui a tordu le ventre.
Septembre. Basgiath.
Octobre. Coma.
Début Novembre. Deux mois.
Cela fait deux semaines qu'il utilise un shampoing nutritif qui accélère la pousse de ses cheveux. L'épaisseur commence à réapparaître. A l'arrière de la nuque, l'esquisse d'une boucle.
Une mèche qui n'atteint pas son sourcil, qu'il est obligé de plaquer en arrière avec du gel.

Lemony n'est pas bien devant ce reflet.
Il ne se reconnaît pas. Il a toujours eu au moins ses boucles.
Et l'année précédente lui a apporté trois choses.
Ostara, Gwen Jenkins... et cette étrange acceptation que la virilité telle que prônée par son père, il n'en veut pas, et que cela a commencé bien avant qu'il ne s'en doute, dès le premier septembre, dès qu'il a pris la décision de laisser pousser ses cheveux.

Sa gorge se noue tandis qu'il essuie la buée sur le miroir.
* Déesses... C'est encore trop court. Ce n'est pas moi. C'est si dissemblable que j'ai repris ma marche naturelle à l'intérieur de l'appartement. Morgane, si seulement Jade ne semblait pas aussi satisfaite chaque fois ! Je ne protège pas seulement ma personne. Je protège notre nom, je protège mes alliances, je protège mes amies, je protège Thylas ! *

Thylas.
Il repousse la pensée, elle revient.
Ce n'est que la cinquième fois qu'il pense à elle depuis qu'il s'est éveillé.
Elle n'était pas parmi les étudiants de Poudlard, à Basgiath.
L'été s'est montré d'une rare violence. Il ne l'a pas revue depuis qu'elle a quitté l'Îlle de la Perdition.
Elle ignore jusqu'à quel secret Lemony protégeait, quand lui a appris le sien. Mais cela n'a aucune importance.
Elle lui manque.
L'absence de Thylas est un creux constant dans son ventre, dans sa poitrine. La sensation qu'il lui manque la moitié de lui-même.

Lemony a gagné trois choses l'année précédente.
Mais il a aussi reçu une rude leçon : on ne néglige pas ses amis, une amitié n'est pas une alliance, et rien ne peut remplacer l'amour inconditionnel qui lie deux meilleurs amis.
Thylas a accepté de le reprendre à ses côtés.
Thylas s'est tenue à ses côtés aux plus rudes moments de sa vie.
Ensuite, ils ont planifié la rentrée de septembre avec une petite maison à Pré-au-Lard. Et puis, Elijah est intervenu, a envoyé son fils en Roumanie, et un chaos inextricable s'en est suivi.
Lemony a été rapatrié en Angleterre inconscient.
Est-elle venue à Sainte Mangouste ?
Il n'a pas osé poser la question. Thylas... Thylas fuit les émotions fortes, et il n'est pas certain qu'elle aurait supporté le voir aussi malade, empoisonné, trempé de sueur sans que personne n'arrive à le guérir.
Si elle n'est pas venu, craint-elle qu'il lui en tienne rigueur ? Qu'il pense qu'elle n'est plus son amie ? C'est une pensée qu'il attribue aisément à la jeune fille, et il doit réussir à la trouver pour qu'ils puissent parler.
Parce que Lemony ne demandera jamais à Thylas de souffrir devant une vision qui lui est insoutenable, encore moins s'il est inconscient.
Parce qu'elle n'a pas besoin de lutter contre elle-même pour prouver qu'elle l'aime. Sa présence à Pré-Au-Lard près de six mois plus tôt ne laisse aucun place au doute.

Thylas lui manque atrocement. Chacune de ses pensées est tournée vers elle, dès qu'il a du temps libre. Mais, difficile de se déplacer dans le château quand vous sortez tout juste d'une cérémonie aquatique touchant à une magie un peu trop étrange.
Si Lemony a un voeu d'anniversaire, c'est de pouvoir serrer sa meilleure amie dans ses bras, et de se laisser entraîner (autant que possible avec une blessure encore fraîche) dans ses danses et ses courses et son insouciance.
Bien entendu, il ne demandera rien à Jade. Il aime trop Thylas pour la confronter à Jade Parlambre.

Lemony aime profondément sa mère. Leur lien est en train de devenir particulièrement puissant. Mais la jeune Darkflare l'ignore, et elle ne sera peut-être jamais à l'aise face à Jade.
Parce que Jade est une adulte, pour commencer. Et bien d'autres raisons. Lui non plus n'est pas particulièrement agréable aux parents de la jeune fille et si elle tissait soudain des liens avec l'un d'entre eux, il serait méfiant.
Il est possible qu'il renverse de la betterave, tout à fait par hasard, sur la robe dudit parent, d'ailleurs. Incident diplomatique, mais message discret qu'il veille.
Bref. Non, Lemony n'enverra pas sa mère à la recherche de sa meilleure amie.

Mais le creux du manque est plus puissant que jamais, à présent qu'il est en forme.
Il a besoin d'elle. Besoin de vérifier qu'elle va bien. Besoin de la faire rire, besoin de voire son visage s'illuminer.
Besoin de lui parler de ses découvertes, de Jee, son Dragon, et de choses qui la feront rire. Besoin de lui dire qu'il n'est plus autant un imbécile qu'avant. Besoin d'entendre les nouvelles de son côté.
Sa voix.
A-t-elle grandi, durant l'été ? Elle n'est pas encore une adolescente, Lemony est l'aîné. Une histoire de date de naissance qui l'a fait entrer à Poudlard à douze ans au lieu de onze.
Ses cheveux ont-ils poussé ? Les a-t-elle coupé ? Sans doute pas, ou du moins pas drastiquement. Thylas tient bien trop à ses cheveux.
A-t-elle toujours désir de se venger pour les paillettes, d'ailleurs ?
La rancoeur des Serpentards peut s'étaler sur des années. Lemony a grandi parmi eux, il le sait parfaitement.
Il n'est pas exclu qu'il ait quelques tours d'avance dans sa manche, au cas où, d'ailleurs.

Le jeune sorcier termine de sécher entièrement son corps. La formule qui lui permettra de ne plus jamais dégouliner en sortant de la douche est la première qu'il demandera à Jade de lui enseigner dès qu'ils prendront les leçons.
Il ne supporte pas la moindre trace d'humidité entre ses vêtements et lui. Et il coiffe minutieusement ses cheveux, tentant de les boucler avec la brosse que Jade utilise pour ses coiffures les plus complexes.
Allez savoir pourquoi la brosse est dans le panier commun et non le placard attitré de Jade.
(Les Serpentards ne sont pas si subtils qu'ils pensent l'être.)
(Est-ce que Thylas s'indignera s'il ose le lui dire ?)

Un peu plus de volume, entièrement sec, les mains débarrassés de l'onguent gras qu'il n'a pas trop le choix que d'appliquer sur son dos et autour de son avant bras droits...
Lemony a choisi une tenue de mi-saison bien trop froide pour le mois de Novembre en Ecosse... s'il envisageait de sortir de l'appartement.
Une tunique de velours turquoise sans manches, par-dessus laquelle il a enfilé une veste immaculée qui descend plus bas que la plupart des tuniques, voire des robes. Le tissu de torsades complexes s'arrête à la mi-mollet ; l'on distingue mal ce qui est du voile du pantalon entre soie et coton et ce qui est de la luxueuse veste dont le dos est recouvert de fioritures, dentelles et rubans. La partie couleur ambre qui recouvre les poignets n'a absolument rien de conseillé lorsque l'on va brasser des potions ou même manier une baguette. Mais étant donné que c'est simplement une journée d'anniversaire et que Lemony n'a pas l'intention d'aller où que ce soit...

Il va lire, tout simplement.
Jade lui a également demandé de remplir quelques questionnaires sur les Runes histoire d'évaluer son niveau, et a ajouté un parchemin en hiéroglyphes.
Il est possible que Lemony se ait un jour décidé d'apprendre les hiéroglyphes après un séjour en Egypte. Il est possible que Jade ait stoppé son apprentissage avant qu'il ne puisse déchiffrer les malédictions, mais l'ait encouragé à continuer à les lire.
(Est-ce qu'il peut tenter de graver une cartouche sur un petit objet ; un encrier, une boîte de fioles, pour effrayer la mère de Thylas la prochaine fois qu'il est au Manoir Darkflare en la menaçant de libérer une malédiction si elle cherche à l'empoisonner ?)
(Ce n'est pas que Lemony veuille commettre un meurtre, mais ce qu'il a appris dernièrement concernant le lieu de vie de son amie le laisse perplexe quant aux chances de survie des invités.)
(Est-ce que Thylas l'a déjà calculé ?)

Enfin, il est supposé trier ses cartons et personnaliser sa chambre, à présent qu'il n'est plus alité. Il habitera ici longtemps ; Jade a ramené des essentiels lorsqu'elle s'est installée, puis il a rédigé une liste. Il n'a rien pu installer. Ses livres préférés dans son étagère sculptée venant de sa chambre au domaine sont un témoignage d'à quel point Jade tient à ce qu'il se sente en sécurité. Elle a refusé qu'il soit en convalescence sans repères connus.
Même le panier d'Ostara est là, ou plutôt un double de celui qu'il a acheté pour son enclos. En ce qui concerne leur coussin rose sale, aucun double ne trompera ni l'éleveur ni la petite chatte.

Un bureau avec ses outils ; un porte bijou étincelant d'ambre sur lequel il manque cruellement une seconde pierre, mais Lemony n'a pas encore eu le courage d'aborder le sujet de son prénom ; ses vêtements favoris et la tenture qui dissimulait l'accès à une minuscule alcôve glacée.
Le reste...
* J'ai treize ans aujourd'hui ; ma vie continue à Poudlard. Au moins suis-je auprès de Thylas... Et je sais que Maman est inquiète pour Emerald. Ah, passons, l'été fut suffisamment rude. Voyons ce qui se trouve dans ces cartons. *

Lemony est un peu agité ; il récupère les parchemins de hiéroglyphes, commence les tests runiques ; tente de reprendre son roman... Le tout en ouvrant des cartons pour se sentir découragé et mélancolique dès qu'il en découvre le contenu.
Il est loin du Domaine. Il est en exil, le temps que Jade statue sur son couple. Le Domaine a toujours été son futur et Poudlard, une parenthèse.
Ce changement brutal le perturbe au plus au point, ce qui explique qu'il tourne en rond avec agitation, en oubliant même qu'il est l'heure de déjeuner.

Lorsque quelques coups retentissent à la porte des appartements assignés à Jade Parlambre, Lemony relève aussitôt la tête, consulte l'heure.
Aurum est entré à Poudlard cette année. Encore une chose qu'il lui faut raconter à Thylas. Il s'attend à la visite de son cousin, quoi que la practicité du garçon l'ait fait pencher pour après les cours, plutôt.

(Il a sous-estimé les ressources dont disposent les Serpentards parce qu'il ne pense pas que quiconque connaisse l'emplacement de cet appartement en dehors de son cousin.)
Baguette en main, quoi que glissée dans sa manche, comme n'importe quel Sang-Pur a appris à ouvrir une porte, il laisse entrer la personne.

Et sitôt qu'il la voit, sitôt que la porte est fermée et qu'ils sont en sécurité, le visage du jeune adolescent est illuminé de ravissement.

RP entre Thylas Darkflare et Lemony Parlambre.
Nous préférons demeurer en huit-clos, sans interventions



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
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Serpentard
2e année
Titre : Re : Au matin du six Novembre (Est-ce que tu aimes les matins, déjà ?)
Créé : 01/07/2026 à 18:02:17


Thylas avait eu besoin de temps. Pas un temps où elle disparaissait parce qu’elle en avait assez, ou remettait en question ce qu’ils étaient. Juste… du temps pour respirer et pour se retrouver sans avoir constamment cette impression d’être attachée à quelqu’un d’autre, de devoir porter ses inquiétudes, ses peurs et ses douleurs avec les siennes.

Lemony était toujours plus intense ces derniers temps. Les rires étaient plus fous et les inquiétudes plus lourdes. Même les moments les plus absurdes semblaient devenir des histoires qu’elle raconterait encore des années plus tard. Elle l’aimait pour ça mais parfois, même les choses qu’on aime le plus peuvent devenir trop lourdes à porter alors elle s’était éloignée un peu. Elle avait redécouvert ce que ça faisait d’être juste Thylas et non pas la la meilleure amie de Lemony Parlambre. Juste elle.

Honnêtement, elle allait bien. Elle avait ri avec d’autres personnes, profité de moments simples et redécouvert certaines parties d’elle même qu’elle avait mises de côté sans vraiment s’en rendre compte. Mais il y avait toujours eu cette petite différence parce que personne n’était Lemony. Personne n’avait cette façon étrange de rendre les journées complètement imprévisibles. Personne ne pouvait transformer une situation catastrophique en quelque chose qui finissait par la faire rire malgré elle. Quand elle avait senti que la pause devenait nécessaire, elle l’avait acceptée et surtout après l’Île de la Perdition. Cette histoire avait réveillé des choses qu’elle aurait préféré laisser dormir. Des souvenirs qu’elle aurait voulu enfermer quelque part et ne plus jamais regarder et même si elle faisait semblant d’aller bien, même si elle continuait d’avancer comme elle savait si bien le faire, elle savait qu’elle avait besoin de souffler.

Il y avait une chose qu’elle n’avait jamais oubliée. L’anniversaire de Lemony. Elle avait d’abord eu une idée parfaitement normale. Enfin… parfaitement normale pour quelqu’un qui connaissait Thylas. Elle avait voulu lui trouver quelque chose d’élégant, des robes peutêtre ou quelque chose de beau, quelque chose qui lui correspondrait. Elle s’était même imaginée choisir les tissus, les couleurs et réfléchir à ce qui pourrait lui faire plaisir. Puis elle avait réalisé qu’elle essayait de trouver le cadeau parfait et Lemony n’avait jamais eu besoin de perfection. Il avait toujours préféré les choses qui avaient une histoire. Alors elle avait abandonné les robes et pris des parchemins.

Elle écrit un poème avec des phrases qu’elle avait recommencées dix fois parce qu’elles ne sonnaient pas correctement, des mots entourés, barrés, remplacés et des petits dessins dans les coins, des formes sans raison, des gribouillis qui avaient commencé comme des décorations et avaient fini par prendre toute la place. C’était probablement plus elle qu’un cadeau acheté dans une boutique.

***

Lorsqu’elle arriva devant la porte, Thylas resta immobile quelques secondes. C’était idiot, vraiment idiot car elle avait affronté des choses bien plus impressionnantes qu’une simple porte fermée. Elle avait vu Lemony dans des moments où elle aurait préféré détourner les yeux et pourtant, maintenant qu’elle était devant chez lui… Son cœur battait beaucoup trop vite parce qu’elle ne savait pas comment revenir après une absence. Elle ne savait pas si elle devait faire comme si rien ne s’était passé ou expliquer tout ce qu’elle avait ressenti.

Alors, fidèle à elle même, elle choisit probablement la solution la plus Thylas possible. Faire quelque chose de complètement ridicule. Un sourire apparut sur son visage alors qu’elle levait une main vers la porte. Elle frappa et quelques secondes passèrent puis la porte s’ouvrit. Pendant un instant, elle oublia tout le reste parce qu’il était là. Son sourire s’élargit sans qu’elle puisse l’empêcher.


Ah.

Elle hocha lentement la tête comme si elle venait de faire une découverte extrêmement importante et avant même de lui laisser le temps de répondre, elle leva les mains avec un air beaucoup trop fier.

J’ai réfléchi très longtemps à mon entrée.

Un mensonge évident car elle n’avait probablement réfléchi qu’à la moitié.

Et j’ai décidé qu’un anniversaire sans catastrophe mineure n’était pas vraiment un anniversaire.

Elle lança les guirlandes et des confettis qui explosèrent dans un joyeux chaos. Il y en eut partout, sur le sol, dans l’encadrement de la porte et surtout… Dans les cheveux de Lemony. Thylas resta silencieuse une seconde et observa les petits morceaux brillants coincés dans ses mèches.

Son visage se transforma et elle essaya vraiment mais vraiment de garder une expression sérieuse mais c’était impossible. Un rire lui échappa.


Oh non…

Elle s’approcha légèrement comme pour vérifier l’étendue des dégâts puis son sourire devint encore plus grand.

En fait si. Oh oui, c’est parfait.

Elle leva une main pour retirer un morceau de confetti mais abandonna rapidement parce que le spectacle était beaucoup trop drôle.

Je suis désolée. Enfin, pas vraiment.

Cette fois, son rire était celui qu’il connaissait, celui qui arrivait quand elle oubliait tout le reste et puis doucement, le sourire de Thylas se fit plus tendre parce qu’au delà des confettis et de sa tentative catastrophique de faire une entrée mémorable. Il lui avait manqué, plus qu’elle ne voulait l’admettre.

Elle ne chercha pas les bons mots et ne fit pas un grand discours. Elle se contenta d’avancer et de l’entourer de ses bras, avec toute cette affection qu’elle avait gardée en elle pendant des semaines. Un câlin qui disait tout ce qu’elle n’arrivait pas à expliquer.

Je suis là.

Tu m’as manqué.

Je suis contente de te revoir.


Puis, parce qu’elle ne serait jamais Thylas sans une touche d’exagération, elle serra un peu plus fort avant de s’exclamer contre lui

JOYEUX ANNIVERSAIRE LEMONY !!

Quelque part, au milieu des confettis qui tombaient encore autour d’eux et des guirlandes probablement accrochées de travers, Thylas se dit que peut être…

C’était exactement comme ça qu’elle voulait revenir.




Vava & Signa by Whisky
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Serdaigle
2e année
Titre : Re : Au matin du six Novembre (Est-ce que tu aimes les matins, déjà ?)
Créé : 16/08/2026 à 03:25:54

Thylas.

Grandie.
En forme.
Souriante.

Thylas.
* Elle va bien. Oh, Morgane, merci d'avoir veillé sur elle. Elle va bien. *

Les yeux du tout nouvel adolescent se ferment un demie seconde sous le soulagement.
Que voulez-vous, Lemony est d'un naturel dramatique.
Lorsque ses paupières se rouvrent, Thylas se contente d'une petite exclamation, puis de hocher la tête d'un air entendu.
Comme si elle avait frappé au hasard, mais qu'elle s'attendait à le trouver là.
Ce serait possible, la connaissant.

Lemony n'a pas le temps d'enregistrer les dangereux mots "longtemps réfléchi à mon entrée" qui font s'écarquiller ses yeux pâles que son corps a reculé de lui même.
A la fois pour la laisser entrer, à la fois parce qu'il pressent le coup fourré.
Ils se connaissent depuis qu'ils sont en âge de marcher. Ils sont amis depuis à peine moins de temps.

Peut-être est-ce parce qu'il a passé un mois alité (quoi que mis dehors pour aller déranger des fantômes, est-ce que Jade a réfléchi ce soir-là ?), mais ses réflexes sont lents, et son esprit un peu trop embrouillé.
Ce qu'il fait que quand Thylas évoque une catastrophe mineure, Lemony songe tout simplement :
* Oui. Effectivement. C'est de nous qu'il s'agit. C'est logique. *

C'est ainsi qu'il se retrouve avec des cotillons et confettis dans les cheveux.
Il cligne des yeux comme un Boullu.
— Je le savais que tu finirais par me faire payer le coup des paillettes ! Je le savais !
Sa voix est aussi indignée que remplie du plaisir qu'il éprouve à la revoir.
Ses yeux en amande se plissent sous une seconde de réflexion.
Oui, il a quelques tours dans sa manche pour riposter.
Mais ce serait beaucoup moins drôle, au final.
Il lui laisse la victoire, et il fait bien parce que la main de sa meilleure amie vient caresser une mèche trop courte (quoi que bien assez pour retenir des confettis).
—Je vais en avoir pour des mois à retrouver des confettis chaque fois que je me laves les cheveux, c'est ça ? Est-ce que tu les a pris chez Zonko ?
Si c'est le cas, il est absolument fichu, dans le sens où tout le château va pouvoir admirer les cotillons, petits ronds, étoiles et carrés de papiers multicouleurs coincés dans ses cheveux.
Rien que pour qu'ils restent coincés plus longtemps, Lemony est heureux de les avoir bouclés manuellement. Ses prunelles flashent d'une lueur euphorique.

Et le rire de Thylas résonne dans l'appartement, et ils sont seuls, la porte est fermée, le haut plafond permet un délicieux écho et le rire insouciant de Lemony se mêle à celui de la jeune fille.

Pour la première fois depuis des années, son esprit est vide.
Il n'y a que lui, Thylas, et le moment présent.
Et tout l'amour qu'il éprouve pour sa meilleure amie.

Le garçon penche la tête sur le côté, secouant ses boucles, absolument pas fâché. Encore émerveillé de la voir là, dans les appartements de Jade.
Dans ses appartements.
Il a sa mère, et sa meilleure amie. Que peut-il demander d'autre ? Ce qui semblait encore impossible deux mois plus tôt lui est offert, et il la dévore des yeux :
— Oh que non, tu n'es pas désolée. Tu prépares ta vengeance depuis des mois.
Il est radieux ; à contre jour, le soleil du matin l'entoure comme une aura, et profère à ses cheveux une lueur rousse presque rouge. Le jaune de ses yeux qu'il déprécie tant ressemble plus à de l'ambre qu'à aucune autre pierre, et le repas très énergétique du matin lui confère une énergie qui fait rosir ses joues.
Même désormais plus petit que Thylas, même encore convalescent, Lemony a l'air aussi bien qu'il se sent bien.

***
Entre les deux jeunes sorciers s'étire un instant de flottement.
Ils ne se sont pas vus depuis des mois. La dernière fois, Thylas s'enfuyait loin de Lemony, furieuse contre lui... avant de lui offrir son abnégation et de disparaître dans l'eau.
Est-elle rentrée de façon précoce, ou a-t-elle disparu exactement sept jours, elle aussi ?
A-t-elle reçu les soins dont ils ont tous eu besoin après leur retour de l'Île, traumatisés par les cauchemars, déshydratés, affamés ? Il n'en est pas certain. Disons que si soins il y a eu, Thylas se les ait administrés seule.
Elle a toujours du se débrouiller. La façon dont elle se tient devant le jeune Parlambre ce six Novembre le prouve. Elle est retombée sur ses pieds, elle s'est remise, elle a entamé sa deuxième année et elle va parfaitement bien.

La seule chose que Lemony éprouve est du soulagement.
Il n'a pas le temps d'avoir une pensée invasive concernant le fait qu'il ne l'aide vraiment pas... parce que Thylas fond dans ses bras et que le reste du monde disparaît dans un tourbillon de mots silencieux.

Je suis là.
Je t'aime.
Tu m'as tellement, tellement manqué.

Dans l'obscurité de ses paupières fermées, les lettres sont d'ambre et d'or, et une guirlande de mots forme la pensée la plus importante.
— Mon voeu d'anniversaire a été exaucé, souffle l'adolescent, le menton sur l'épaule de la jeune fille, les cheveux de jais chatouillant son visage.
S'il ne craignait de rompre ce moment magique, il frotterait ses propre mèches aux siennes afin qu'elle récupère un peu de confettis.
Un gloussement lui échappe, ainsi blotti contre Thylas.
Le genre de rire que personne d'autre n'est autorisé à entendre.

***
—JOYEUX ANNIVERSAIRE LEMONY !
L'éclat de voix ne le fait pas sursauter, parce qu'avec Thylas il s'attend très généralement à ce genre de frasques, mais il ne peut empêcher une grimace de douleur de passer furtivement sur son visage.
"Le bruit ne fait pas mal, Lemony."
L'expression stupéfaite et angoissée de Jade lui revient. Les questions pressantes qui ont suivi.
Et le garçon, qui a déjà beaucoup trop traversé de choses en l'espace d'une heure et demie de calvaire au restaurant, qui réplique d'un ton sans appel.
Evidemment que si, le bruit fait mal.
Non, dit Jade.
Non, dit de nouveau Jade, au Domaine cette fois.
Lemony a les cheveux rasés, la honte au creux du ventre, et les croûtes fraîches brûlent sur son crâne, mais il explique à sa mère que la douleur n'est pas aussi forte que celle qui traverse ses tympans au quotidien.
"Les oreilles sont faites pour entendre et garder l'équilibre. Les proies ont différents sens pour repérer les prédateurs, et l'ouïe en fait partie, de même que les prédateurs ont une ouïe spécifique à leur environnement et méthode de chasse. Le son n'est pas censé faire souffrir, Lemony. Il n'y a aucune raison pour que les humains souffrent du son... et chez les Parlambre, une excellente ouïe comme la tienne est censée être un atout, pas source de douleur."

Ce discours a eu lieu dans le jardin près du ruisseau, près de la Serre de Quartz, la serre où ils jouaient tous, enfants, trop près du jardin maudit au goût de certains visiteurs peut-être.
Les troncs brun-rouges des arbres immenses, les branches vertes souples comme des feuilles qui s'entremêlent au lianes d'un vert plus profond... et les Roses Noires, que l'on devine à peine. Il faut passer l'entrée du bois rouge pour déboucher sur la splendeur de cette clairière aux Roses Noires maudites.
Si Lemony doutait encore d'être génétiquement un Parlambre, ça n'aurait plus jamais été le cas. Jade semble prendre pour acquis que son ouïe est trop puissante de façon familiale.
L'adolescent s'est demandé ce que les oreilles de sa mère captaient. Ce qu'elle avait comme Don. Ce qu'elle était, au final.
Il pourrait, en bon aiglon, retracer le puzzle de Jade. Mais elle garde le secret pour une bonne raison, et inconsciemment, ou presque, Lemony sépare volontairement tous les morceaux.

Il regarde Thylas et hausse un sourcil narquois pour faire diversion.
Il s'est perdu dans ses pensées.
Elle le sait sans doute.
Une journée normale dans leur quotidien.
— Je n'ai pas assez de paillettes dans les oreilles pour que ça m'ait rendu temporairement sourd, la taquine-t-il.
L'espièglerie fond sous la tendresse qui l'enveloppe. Comme toujours lorsqu'il prend le temps de regarder sa meilleure amie, toute sa douceur ressort et ses yeux brillent d'affection.
— Merci.
L'instant présent s'étire, se grave dans sa mémoire, comme le font certains souvenirs.
Thylas vient de revenir.
Le présent est bien installé, et il est parfait.

Puisqu'elle est arrivée en mode espiègle, cependant, le jeune Parlambre demeure sur ses gardes.
Ils sont à Poudlard. La réserve de potions regorge d'ingrédients plus étranges les uns que les autres, et ici il n'y a aucun rapace ni reptile qui fondrait pour dévorer un sale petit machin à huit pattes et une queue pointue.
— Tu n'as pas ramené de scorpion vivant, ni même fossilisé dans de l'ambre, n'est-ce pas ?
La probabilité que le Manoir Darkflare contienne plus d'un de ces specimens ?
Haute.

Il y a des signes astrologiques qui sont plus ingrats que d'autres.
Les Scorpions sont considérés comme colériques et ayant mauvais caractère. Et chez les sorciers, certaines personnes férues de Divination ou à court d'idées de cadeau peuvent trouver très spirituel ce genre d'attention.
A la décharge de Thylas, c'est à Lady Darkflare qu'il doit le premier présent.
Il n'a jamais osé s'en débarrasser. Après tout, l'ambre reste sacré.

Les Vierges n'ont, objectivement, pas beaucoup plus de chance. Représentés par des femmes béates, supposés être parfaitement ordonnés...
— Au moins, un Scorpion est plutôt cool. Je persiste à dire que les pires cadeaux astrologiques sont ceux des Vierges.
Un vieux débat dont il ne se lassera jamais.
Ses yeux pétillent en attendant la réponse indignée ou de mauvaise foi.
(Est-ce qu'à treize ans, on doit arrêter de tirer la langue ? Parce que l'instant s'y prête bien, tout de même.)

***
Et puis au bout d'un moment, l'adolescent tilte qu'ils sont debout au milieu de rubans divers et que la première chose à faire là maintenant est de rassurer Thylas concernant le temps qu'ils ont devant eux.
— Jade ne sera pas de retour avant dix-sept heures... Curieuse de voir le luxe auquel ont droit les employés de Poudlard ?
La salle de douche est banale, mais au moins elle est privée.
Lemony n'en dispose pas moins d'une chambre pour lui tout seul ; et puis il y a cette fenêtre qui donne sur le parc.
Il jette un oeil sur les croisées d'ogives et le vitrail transparent, orné ça et là de verre bleu ou pourpre qui fait danser les lumières selon la position du soleil.

Le rebord étant d'ailleurs l'un des seuls endroits que Lemony a aménagé, avec des coussins à franges (manque de goût, d'accord, mais il n'avait rien d'autre), un traversin rouge vif (subtilisé à la bibliothèque, mais le mois écoulé est un peu trop brumeux pour qu'il se souvienne de qui entre sa mère est lui est l'auteur du larcin), et une couverture pas particulièrement confortable mais qui évite de se geler les fesses sur la pierre glacée du château écossais, il est assez évidement que le jeune Parlambre a passé plusieurs heures à regarder à travers la fenêtre.

Etant donné le jour et l'heure... oh, Thylas va absolument adorer le spectacle.

Et puis, juste derrière, la porte ouverte sur sa chambre, évidemment. Et sur les cartons à peine défaits.
Lemony penche la tête sur le côté en attendant la réponse.

Visiter.
Regarder.
S'amuser.

Pour l'instant, pas de "Comment vas-tu ?"
C'est Thylas. Il verra bien dans la journée comment elle va.
Elle lui donnera des nouvelles à son rythme.
Et lui parlera pendant de longues minutes en donnant tout un tas d'informations sur un sujet quelconque en faisant le lien avec ses propres expériences.
Il n'a pas envie d'une discussion maladroite, là, debout.
Et ce n'est pas nécessaire.
Ils ont toujours su reprendre là où ils en étaient, peu importe le temps écoulé.



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
[Avatar]
Serpentard
2e année
Titre : Re : Au matin du six Novembre (Est-ce que tu aimes les matins, déjà ?)
Créé : 07/09/2026 à 01:14:25

Thylas entra finalement dans la chambre sans se faire prier davantage. Elle ne se précipita pas pour autant car ses yeux parcoururent d'abord les lieux avec une curiosité difficile à dissimuler. Les cartons encore ouverts, les livres empilés, les quelques affaires déjà installées, le panier d'Ostara… Tout semblait encore un peu provisoire. Comme si Lemony lui même n'avait pas encore décidé s'il allait réellement rester ici. Elle s'approcha du rebord de la fenêtre, passa distraitement une main sur l'un des coussins avant de regarder dehors. Le parc s'étendait sous la lumière de novembre, et pendant quelques secondes, elle resta simplement là puis son regard tomba sur quelque chose. Un petit album, posé parmi quelques affaires et elle le récupéra avec précaution, le retourna entre ses mains et observa la couverture.

C'est quoi ça ?

Elle ne sembla pas réellement attendre de réponse avant de l'ouvrir. La première page lui arracha presque immédiatement un sourire. Une vieille photo d'eux, beaucoup plus jeunes apparaissaient sur l'image. Lemony avait visiblement essayé de faire tenir une couronne beaucoup trop grande sur la tête de Thylas. Elle, de son côté, semblait parfaitement décidée à ne pas coopérer. La scène se répétait en boucle et Lemony essayait de lui remettre la couronne, Thylas la repoussait, puis finissait par la lui poser elle même sur la tête avec un air particulièrement satisfait. Thylas resta silencieuse quelques secondes.

Oh.

Elle tourna la page et vit une autre photo avec de la boue, beaucoup de boue et deux silhouettes beaucoup trop jeunes assises près d'une plante qui avait l'air de vouloir les manger. Thylas éclata d'un petit rire.

Je me souviens de celle là.

Elle plissa les yeux.

Enfin… je me souviens surtout qu'on avait juré de ne jamais recommencer.

Une nouvelle page, puis une autre. Certaines photos étaient presque immobiles et d'autres semblaient véritablement vivre. Une feuille tombait lentement derrière eux sur l'une, sur une autre, Lemony tournait brusquement la tête juste avant que Thylas ne lui donne un coup d'épaule et sur une troisième, ils couraient hors du cadre, poursuivis par quelque chose que la photo ne permettait pas de voir entièrement. Thylas ralentit car elle n'avait pas vu certaines de ces images depuis des années. Elle tourna encore une page et les souvenirs de l'album semblaient suivre leur histoire sans vraiment respecter les années. Des petits moments insignifiants, des journées qui n'avaient probablement rien eu d'exceptionnel sur le moment mais qui étaient devenues importantes simplement parce qu'ils les avaient vécues ensemble. Thylas caressa distraitement le bord d'une photographie.

Tu l'avais depuis longtemps, celui là ?

Elle n'attendit pas vraiment la réponse.

Pourquoi je ne l'ai jamais vu ?

Elle retourna légèrement l'album vers lui.

Regarde nous.

Sur l'image, ils avaient tous les deux une expression beaucoup trop sérieuse comme s'ils venaient de résoudre le plus grand mystère du siècle.

Elle tourna encore une page sur une photo où ils riaient et une autre où Thylas semblait avoir quelque chose dans les cheveux. Une troisième où Lemony tenait manifestement une bestiole qu'elle n'aurait probablement jamais dû laisser approcher. Thylas fronça les sourcils.

Attends.

Elle observa la photo de plus près.

Pourquoi tu as l'air aussi heureux de tenir cette chose ?

Elle continua à feuilleter, s'installant finalement sur le bord du lit sans même sembler s'en rendre compte. L'album resta ouvert sur ses genoux. Elle passa encore quelques pages puis elle s'arrêta sur une photographie plus récente. Thylas resta silencieuse un instant puis son sourire se fit plus petit. Elle ne dit rien sur le coup. Elle regarda simplement l'image bouger doucement sous ses yeux puis elle referma l'album à moitié, sans le fermer complètement.

Je vais te le voler.




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